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La Métaphore - Colloque international et interdisciplinaire - 19-21 mai 2016

Appel à contributions : 15 décembre 2015

Appel à contributions : propositions avant le 15 décembre 2015.

Les extraordinaires potentialités que recèle le processus de métaphorisation ont de quoi déconcerter. Le passage du propre au figuré concerne tous les domaines de la vie, et invite à un déplacement perpétuel à travers toutes les modalités de l’expérience et du savoir humains : théologie, chasse, littérature, médecine, etc.

La métaphore permet donc de dépasser les limites que nous imposent l’espace et le temps. Pour la définir, Jean-François Malherbe fait appel à la notion de saut et à l’exploration d’espaces nouveaux au moyen de la langue : « L’être humain est dynamique parce que sa parole même est dynamique. Nos paroles disent toujours plus que ce que nous disons et nos mots ne disent pas toujours ce qu’ils sont censés dire (…). C’est en utilisant le langage pris au pied de la lettre que, nous servant de ses expressions comme autant de tremplins, nous sautons dans l’innovation sémantique la plus dynamique. »[1] Ainsi la dynamique propre à la métaphore vient-elle de ce qu’elle met à profit une autonomie intrinsèque, une vie et une créativité de la langue qui échappent à la volonté du locuteur.

Dans La métaphore vive[2], Paul Ricœur proposait d’analyser les déplacements de sens et l’extension de l’interprétation des mots à la phrase et au discours, à travers ses études sur la métaphore mettant en jeu diverses approches (poétique et rhétorique, sémantique, linguistique et sémiotique, notion d’écart, image et référence, discours philosophique). L’énonciation métaphorique fait sens en elle-même au-delà de sa forme, du dit (discours) et du contexte ; elle est porteuse de vérité et de tension créatrice entre l’homme, l’être (ou le non-être) et sa parole (appartenance), et instaure de nouveaux rapports entre les modes de discours.

Le caractère subversif de la métaphore n’est plus à démontrer. Les combats idéologiques se livrent par métaphores interposées ; celles-ci trouvent leur champ d’utilisation non seulement dans la langue de tous les jours, mais aussi dans la propagande officielle ou encore dans l’art graphique. C’est en effet souvent d’abord au moyen de métaphores que les régimes autoritaires se voient contester leurs ambitions totalitaires. Ce phénomène n’est pas le propre des sociétés dominées par des régimes dictatoriaux ou des États postcoloniaux (Amérique latine), lesquels ont dû se forger des contre-discours génériques (esthétiques) ou politiques (socio-culturels), souvent réactivés par des métaphores identitaires de désaliénation et d’émancipation (mythes, personnages ou métaphores conceptuelles selon Deleuze et Guattari). Inversement, ne doit-on pas s’interroger sur la véritable nature d’expressions telles que « restructuration », « plan social », « délocalisation », « ressources humaines » ? Un esprit rebelle pourrait voir en elles de véritables catachrèses du libéralisme triomphant.

Faire de la métaphore l’instrument d’une subversion politique revient assurément à ne pas la considérer comme « réactionnaire », accusation qui pèse sur elle depuis fort longtemps. En effet, elle ne tiendrait pas compte de l’évolution des connaissances, nous faisant dire que le soleil « se lève » alors que notre conception de l’univers n’est plus géocentrique.[3] En outre, les références constantes qu’elle fait à la matérialité du corps et au monde concret la rendent suspecte aux yeux de nombre de nos contemporains.

À cela on peut objecter, dans un premier temps, que le recours au champ lexical de la perception sensorielle semble avoir été incontournable pour donner un nom aux opérations les plus courantes ou les plus subtiles de l’esprit, comme en témoignent les termes « saisir » ou encore « contemplation ».[4] Du reste, l’étymologie donne raison à Aristote, qui estimait que l’intelligence humaine s’enracinait dans les sens avant de culminer dans l’intelligible.[5] Loin de fermer les voies de l’abstraction, la métaphore serait le plus sûr chemin pour y parvenir. Au reste, ce qu’on a pu appeler la « loi de l’écart métaphorique » veut que, parfois, « les figures les plus triviales conviennent aux réalités les plus sublimes », comme le professe depuis des siècles l’exégèse chrétienne afin d’asseoir ses lectures multiples de l’Écriture.[6]

Dans un second temps, force est de constater que la métaphore continue d’enrichir notre lexique, même et peut-être surtout là où règne en maître la technologie la plus pointue, prouvant par là-même qu’elle entre à part entière dans le renouvellement et l’évolution des langues. Ne parle-t-on pas de « fenêtre de saisie » et de « copier-coller » ?

 

L'équipe LCE (Langues et cultures européennes), ayant vocation à rassembler des spécialistes de diverses aires linguistiques et culturelles, en particulier européennes et américaines, mais aussi des autres continents, propose de voir quelles formes particulières prennent ces énonciations métaphoriques, qui contribuent à un surgissement incessant de sens nouveaux, à tous les niveaux de la vie littéraire, sociale et intellectuelle au sens large des pays concernés. D’un point de vue temporel aussi, aucune limitation ne s’impose ; toutes les périodes, de l’Antiquité à l’époque contemporaine, peuvent être abordées, ainsi que les approches critiques de toutes les disciplines représentées (histoire, civilisation, image et cinéma, littérature, linguistique, traduction et traductologie). 

Les communications pourront être faites en langue étrangère, un résumé en français sera dans ce cas proposé au préalable à l’auditoire. Les débats auront lieu en français.

 

Le délai pour la remise des propositions de communication (titre et résumé de 15 à 20 lignes) est fixé au 15 décembre 2015.

Maria Conceiçao Coelho                Sandra Hernandez                        Christophe Thierry

mcoelhof.lyon2@gmail.com   Sandra.Hernandez@univ-lyon2.fr   christophe.thierry@univ-lyon2.fr


[1] Cité par Marc Fumaroli, Le Livre des métaphores. Essai sur la mémoire de la langue française, Robert Laffont, Paris, 2012, p. 6.

[2] La métaphore vive, Le Seuil, Paris, 1975 (réédité en 1997).

[3] M. Fumaroli, Le Livre des métaphores, op. cit., p. 18.

[4] Le verbe latin contemplari signifie à l’origine « regarder attentivement », puis, par extension, « considérer par la pensée ». Cf. Lutz Mackensen, Verführung durch Sprache. Manipulation als Versuchung, Paul List Verlag, Munich, 1973, p. 125.

[5] François Heidsieck, « La question du sens figuré dans l’interprétation de l’écriture », Cahier du groupe de recherches sur la philosophie et le langage. La métaphore,  9 (1988), p. 93.

[6] Ibidem.


mise à jour le 8 février 2016


Université Lumière Lyon 2