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Axe Seuils. Textes / Arts / Théorie


Responsables : Pascale Tollance, Axel Nesme
 
Thème de travail pour l’année 2020 : La transmission / l’intransmissible
 
 
Nous souhaiterions ouvrir à partir de cette année un large champ de réflexion sur la question de la transmission dans le domaine de la littérature et des arts – et, dans le même temps, porter notre attention sur une limite ou un seuil que l’on rencontre de façon inévitable lorsqu’on se penche sur la question. L’intransmissible, qui peut être envisagé comme ce qui interrompt la transmission, sera à prendre tout autant comme point de départ pour interroger ce qui se joue dans la transmission. Il sera lui-même à sonder selon les différentes formules qu’on peut en donner, par exemple à la manière de Derrida qui nous invite à penser la littérature comme un « secret sans secret », c’est-à-dire comme un intransmissible qui ne cesse de se transmettre. La transmission est au cœur de notre pratique aussi bien en tant que lecteurs critiques qui nous posons de facto en destinataires des œuvres, qu’en tant que pédagogues qui contribuons à leur pérennité. Pour autant, la pertinence du modèle communicationnel émetteur-message-récepteur sous-jacente à l’idée de transmission, s’avère problématique lorsqu’il s’agit de décrire les effets pluriels d’inscription qu’engendre le texte, irréductibles au simple décodage d’un message ou à une démarche poïétique prétendant remonter du texte à l’intention, à la psyché, ou aux affects de son auteur. Bref, c’est autour du paradoxe d’une transmission sans point d’origine, d’une destination sans destinateur que gravitera notre analyse.


            Pour lancer ce travail qui pourra comporter de multiples volets, nous proposons d’abord de revenir à une interrogation fondamentale sur la temporalité selon laquelle il est possible de concevoir la transmission – une temporalité qui implique moins un simple passage « du passé au présent », aussi aléatoire fût-il, qu’elle n’interroge plus radicalement, le présent même de l’œuvre. La dynamique de la transmission invite celui ou celle qui la « reçoit » (le terme est à approfondir) à faire retour sur la dynamique inhérente à l’objet qui se transmet. Elle nous conduit conjointement à nous pencher sur le statut en apparence figé et clos de ce que l’on nomme « l’oeuvre », concept problématique depuis qu’ont été mises en avant les notions d’œuvre ouverte (Eco) ou de « texte-lecture » (Barthes), et plus largement sur le rôle du canon comme ce qui constitue les œuvres en tant que telles et préside à leur transmission. L’esthétique de la réception et l’herméneutique littéraire, en tant que théories de la transmission, pourront également être évoquées dans ce cadre.
L’un des critiques contemporains qui s’est le plus interrogé sur cette question est Georges Didi-Huberman dont le travail prolifique sur l’histoire de l’art et l’image au sens large n’a eu de cesse de remettre en cause une conception univoque, statique et linéaire de la transmission. Nous pourrons revenir à l’introduction qu’il nous propose dans Devant le temps et nous pencher sur certains passages d’un de ses textes marquants, Ce que nous voyons, ce qui nous regarde. Didi-Huberman convoque très largement au fil de son travail le philosophe Walter Benjamin et nous invite à relire cette œuvre majeure. Un deuxième temps de notre travail pourra consister à esquisser ce retour en arrière sur l’œuvre de Benjamin et examiner notamment ce qu’il élabore à travers le concept d'image dialectique et la notion de la perte de l'aura. Nous aurons le plaisir pour cette deuxième séance d’écouter Ralf Zschachlitz. qui nous fera partager sa connaissance précise et approfondie du texte.
            Tout en remettant en cause une conception linéaire de la réception et de la transmission, Didi-Huberman, à la suite de Benjamin, interroge la nature même de ce qui « passe » et « se passe » lorsqu’on se trouve « devant » l’œuvre, sur « le seuil du regard », soulignant notamment l’insuffisance des lectures historique ou sémiotique pour appréhender l’image. Le critique se demande « ce qu’il reste de l’aura » dans les différentes formes d’un art dit « minimaliste » ou « littéral » qui se multiplient dans la seconde moitié du XXème siècle. Il interroge les limites à la fois d’une approche tautologique (« tout est là », « ce que vous voyez est ce que vous voyez ») et d’une approche archaïsante qui, à l’inverse, retirerait l’œuvre dans un ailleurs inaccessible. Transposée dans le domaine des études littéraires, la notion d’aura paraît d’autant plus intrigante que sa pertinence s’y impose avec moins d’évidence que dans celui des arts visuels. A quoi reconnaît-on l’aura d’un texte littéraire, et leur dimension auratique, si elle existe, intervient-elle dans la dynamique de transmission des « grands » textes ? Par contrecoup, quels sont les dehors que revêtirait un texte non auratique, et quelle seraient ses modalités d’inscription dans le temps ? Une troisième étape de notre réflexion pourra tenter de cerner ce qui relèverait d’une forme de travail dans la transmission (au sens du travail du rêve), ou ce qui se laisse décrire tout aussi bien en termes d’événementialité. Cet événement a entre autres pour nom le figural chez Jean-François Lyotard et l’on pourra s’arrêter sur ce que Gérald Sfez décrit comme « un geste baroque » dans Discours, Figures, ce texte qui « tente de faire entendre la présentation du visible contre le lisible dans l’élément du lisible même » (Sfez).
Dans la mesure où il implique en son cœur même ce que Henry James nommait « le motif dans le tapis », autrement dit une transmission faite d’intransmissible (Lyotard nous invite à penser différents modes de négativité dans Discours, Figure), le figural et son développement à l’écart de la référence même au visuel pourra nous occuper lors d’une quatrième séance où nous envisagerons différentes approches possibles de l’affect en jeu dans la transmission. « Ce qui nous regarde » dans l’œuvre est en effet non seulement ce qui nous y parle de nous, à la manière des vanités, mais aussi ce qui nous y affecte. Au-delà de l’image, nous serons donc conduits à nous interroger sur le rôle de l’imaginaire dans notre réception des œuvres, et plus largement sur les effets de capture ou de captation qui permettent à une œuvre de trouver son public, et à celui-ci de s’y retrouver.
 
Ce séminaire est ouvert aux collègues, aux doctorant.e.s ainsi ainsi qu’aux étudiant.e.s de M1 et de M2.
 
 
Calendrier des séances
 
 
Séance 1 : Initialement prévue le 14 mars 2020 – séance reportée

Séance 2 : Intervention de Ralf Zschachlitz (Université Lumière Lyon 2) : Initialement prévue le 18 avril 2020 – séance reportée

Séance 3 : Initialement prévue le 16 mai 2020 – séance reportée

Séance 4 : 20 juin 2020, Intervention de Chantal Delourme (Université Paris Nanterre)

mise à jour le 12 mai 2020


Université Lumière Lyon 2